Formation commune. Des relations sociales apaisées et des échanges constructifs

La charte sociale entre les transporteurs bretons, un syndicat et les pouvoirs publics a été signée en 2016, les premières session de formation commune autour du dialogue social, se sont tenues courant 2017. Il était temps de poser un bilan d’étape de cette initiative unique : il s’est fait début juillet 2018, réunissant à l’occasion, à Rennes, tous les acteurs de la charte.

Représentants de la FNTV, de la FNTR et de la CFDT FGTE charte sociale

Gildas Lagadec président FNTV, Edgar Stemer secrétaire général CFDT FGTE, François Baudoin président FNTR, Stéphane Bourgeon secrétaire général adjoint CFDT FGTE, Anthony Rouxel délégué régional FNTR, Philippe Plantard, délégué régional FNTV.

Un an après le début de la démarche de formation commune au dialogue social initiée par les représentants des transporteurs bretons (FNTV et FNTR) et la CFDT Transport Bretagne, se sont réunis à Rennes pour faire le point sur leur vision des choses et l’avenir du dispositif. « La graine a été semée en 2012 et nous sommes plutôt ravis du résultat » a commenté Philippe Plantard, délégué régional de la FNTV, fédération nationale du transport de voyageurs. Concrètement, une enquête menée auprès des employeurs et des salariés ayant participés aux formations communes rend compte d’un retour majoritairement positif de l’expérience.

Les freins à un dialogue social de qualité : organisationnels et relationnels

A plus de 80 %, les participants ont compris les enjeux du dialogue social et jugé utiles les apports juridiques et en communication des formations menées conjointement. Ils ont constaté, après avoir suivi les sessions communes, une amélioration des relations entre tous les acteurs de l’entreprise, avec « plus de confiance et de transparence ». Selon 63 % des personnes interrogées (35 répondants sur 70 sollicités), la formation a permis d’identifier les freins à un dialogue social de qualité. 60 % de ces freins seraient organisationnels ; 53 % relationnels ; 27 % idéologiques et seulement 7 % économiques.

Mickael Goalec dirigeant et Marc Bedouin FO Les Routiers bretons charte sociale

« Etre syndicaliste ne dispense pas d’être intelligent » a glissé Marc Bedouin, élu du personnel FO chez Les Routiers bretons. A ses côtés : Mickaël Goalec, dirigeant de l’entreprise.

Si près de 90 % des participants ont apprécié l’expérience, ils sont aussi un sur deux à souhaiter que la démarche aille plus loin, notamment en formant également les managers, maillons essentiels dans la circulation de l’information dans l’entreprise.

Des sessions de sensibilisation au dialogue social pour employeurs et salariés

Rappelons que ces formations communes ont été mises en place dans le cadre d’une charte de qualité « Label social ». Les signataires* ont montré leur considération pour le rôle des partenaires sociaux et pour la priorité que représente un dialogue social de qualité dans le fonctionnement de l’entreprise et les bonnes conditions de travail des salariés. Les employeurs en particulier se sont engagés à respecter un ensemble de comportements et de procédures légales ou non, tels que le bon entretien des véhicules, la formation en matière de sécurité ou la réglementation relative aux droits des salariés. Cela concerne également des dispositions complémentaires en termes de GPEC ou de protection des salariés et de leur emploi en cas d’événement touchant à l’activité économique du territoire.

Le dialogue social comme une contrainte ou comme un outil efficace ?

Nadege Le Morlec, Géraldine Marquer et Nathalie Neubeker CFDT Linevia charte sociale

Nadège Le Morlec, direction de Linevia, Géraldine Marquer référente sociale et Nathalie Neubeker déléguée syndicale CFDT.

Si employeurs et représentants des salariés posent le constat général de difficultés importantes pour mener un dialogue social de qualité en entreprise (« atone, routinier ou encore adversif », énumère Philippe Plantard de la FNTV), ils ont tous pris conscience de l’intérêt des sessions de formations autour des relations sociales. « Les sessions menées ont toutes été différentes, raconte Jean-Claude Nédélec, animateur des formations. De manière générale, nous nous sommes aperçus que le fait de séquencer des interventions courtes (une demi-journée entre représentants du personnel, une demi-journée entre employeurs et une demi-journée réunis) rendait le dispositif très efficace et pertinent. »
Ensuite, c’est directement au sein de l’entreprise que les relations sociales de bonne qualité se construisent et que chacun doit choisir entre « un dialogue social contraint, que la loi nous impose ou bien un outil puissant pour faire mieux fonctionner l’entreprise » résume Philippe Plantard, délégué régional de la FNTV Bretagne, convaincu de la première heure.

Pas de performance économique sans performance sociale

Stéphane Turbin RGO mobilités Valérie Lecacheur DP charte sociale

Stéphane Turbin dirigeant de RGO mobilités et Valérie Lecacheur déléguée du personnel.

Pour Stéphane Turbin, représentant de la direction de RGO-Perrin mobilités, l’initiative est remarquable et il sait de quoi il parle : ce regroupement de PME de transport de voyageurs participe déjà à plusieurs expérimentations et autres opérations de sensibilisation, notamment avec la Carsat sur la prévention des risques professionnels ou encore avec Pôle emploi. « C’est un tout, explique-t-il. Nous avons compris que la performance économique et la performance sociale étaient liées. Avec la charte sociale, nous avons désigné un référent social, maillon entre la direction, les représentants du personnel et les salariés. Avoir quelqu’un qui revienne vers vous pour relancer le sujet, ça ne peut qu’améliorer les échanges et renforcer le dialogue au quotidien dans l’entreprise. » Valérie Lecacheur, élue du personnel sans étiquette et désignée référente social, approuve. « Ce nouveau statut a bénéficié d’une bonne perception de la part des collègues. De mon côté, il m’a incité à me mettre à la place de mes interlocuteurs, à avoir plus de bienveillance. Collectivement, nous avons pu échanger avec d’autres entreprises, voir ce qui se faisait ailleurs et modifier notre perception sur certains sujets… »

Un dialogue social apaisé est vertueux

« Nous avons apprécié le concept et de mélanger employeurs et salariés » relève Marc Bedouin, syndicaliste FO dans l’entreprise Les routiers bretons. « Nous avons eu aussi le sentiment d’avoir déjà adopté un comportement vertueux, avant même de s’engager. Qu’en retirons-nous ? L’espoir que ça se poursuive ! » Même discours du patron des Routiers bretons, Mickaël Goalec, adepte du dicton : « Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin ». « Un dialogue social apaisé est vertueux, nous en faisons l’expérience. Dans l’idéal, il faudrait que toute l’entreprise et toutes les entreprises participent à cette formation ».

Charte sociale transport breton

Les transporteurs signataires de la charte sociale apposent le label sur leurs véhicules.

Nadège Le Morlec, de la direction de l’entreprise Linevia est d’accord : « Nous nous sommes rendus compte que la formation aux relations sociales était indispensable autant du côté des IRP que du côté des managers ». « C’est exact, ajoute Nathalie Neubeker, délégués syndicale chez Linevia. La formation complémentaire que nous avons suivie en interne dans l’entreprise nous a permis de mieux nous connaître, d’identifier les rôles et les contraintes de chacun. Nous avons tout mis à plat, sans conflit, en faisant abstraction des hiérarchies pour résoudre les petits soucis en amont avant qu’ils deviennent problématiques. »

Un dénominateur commun avec le projet de formations communes de l’Intefp

Les formations vont se poursuivre à l’échelle des fédérations professionnelles des routiers et de la région Bretagne, les personnalités politiques syndicales étant à pied d’œuvre pour produire des émules dans d’autres régions de France. « Cette initiative pourrait très bien se combiner avec le travail de l’Intefp sur la création d’un cahier des charges pour des formations communes (article 33 de la loi El Khomri), estime Stéphane Bourgeon, secrétaire fédéral CFDT Transport.

Philippine Arnal-Roux

 

*Région Bretagne ; services de l’Etat (Direccte, Dreal) ; conseils départementaux 22, 29, 35, 56 ; FNTV ; FNTR ; CFDT ; Pôle emploi ; AFT (organisme de formation professionnelle du transport) ; organismes de formation Ifreb et Sastrob ; Carcept Prev (institution de protection sociale du transport).
**GPEC : gestion prévisionnelle des emplois et des compétences