Formation en situation de travail : un nouveau regard sur la formation

Le bilan de l’expérimentation lancée début 2016, avec 10 Opca et 50 petites et moyennes entreprises est un succès qui ouvre de nouveaux champs de pratiques sur le terrain. Chacun des acteurs de cette expérience y trouve son compte, si bien que l’action de formation en situation de travail ou Afest a été inscrite dans la loi réformant la formation professionnelle du 5 septembre 2018.

afest_formation en situation de travail

L’expérimentation a permis de former sur leur lieu de travail 70 salariés peu qualifiés et rétifs à la formation dans son format classique (photo issue du site de la FPSPP).

De la satisfaction, de la reconnaissance, de la performance et de la prise de confiance en soi, ce sont les ressentis qui se dégagent de cette expérience de deux ans dans 50 petites et moyennes entreprises. C’est aussi et surtout la confirmation que les situations de production peuvent être transformées en situation de formation, à condition d’encadrer leur organisation et leur mise en œuvre.
Cette expérimentation ouvre le champ à de nouvelles formes d’apprentissage accessibles au plus grand nombre et en premier lieu aux publics les moins qualifiés et les plus éloignés de la formation. Un sujet qui pourra éclairer les projets d’une entreprise et s’intégrer dans le dialogue social.

La formalisation d’une action pour une pluralité de réalités

L’expérimentation Afest a permis de formaliser un apprentissage qui se fait déjà en pratique au titre de ‘’la formation sur le tas’’. Deux étapes indispensables structurent la démarche pédagogique :
–  l’ingénierie en amont de l’action (diagnostic d’opportunité, de faisabilité, désignation des compétences visées ; repérage du potentiel formateur ; définition des étapes et des moyens de formation ; mobilisation des équipes) ;

-l’établissement de la preuve de la réalité d’une action de formation en situation de travail.

D’innombrables corps de métier sont concernés : de l’auxiliaire vétérinaire, au tanneur, de l’ouvrier dans l’industrie agro-alimentaire au textile de luxe, de l’agent d’entretien ou du vendeur en jardinerie à l’employée d’étage dans l’hôtellerie-restauration… Soixante-dix personnes peu qualifiées ont ainsi participé volontairement à ces deux années d’expérimentation.

La finalité était d’acquérir une compétence spécifique qui permet d’accéder à une certification, en particulier un CQP (certificat de qualification professionnelle délivré par une branche professionnelle).

En pratique, ce mode d’apprentissage peut aussi s’articuler avec d’autres modalités pédagogiques dans le cadre d’un parcours de formation.

_____________
A lire aussi :

Formation en situation de travail. Quel intérêt de mettre en place une Afest ?

_____________

Qu’est-ce qu’une Afest, action de formation en situation de travail ?

Stéphane Rémy DGEFP_afest

Stéphane Rémy de la DGEFP a rappelé que l’action de formation en situation de travail ne devait pas se dérouler en situation de production.

Comme le définit le rapport publié en juillet 2018 sur l’expérimentation, l’Afest ou action de formation en situation de travail, se caractérise par :

– le lieu où elle se déroule : les locaux de travail ;

– le matériau pédagogique de base : la mise en situation de production. Cette étape doit être préparée, organisée et aménagée à des fins didactiques ;

– le passage obligé par une séquence de réflexion en amont animé par un tiers, pour donner du sens à l’action et consolider les savoirs acquis en cours de production ;

– les supports et outils de référence du processus pédagogique : l’activité même de travail, les traces de l’activité, des repères sur ce qui est à faire ;

– les acteurs : le formateur Afest qui est un pair ou un responsable hiérarchique de l’apprenant ; un tiers facilitateur, ou personne qui va faciliter la mise en place de l’action, souvent un organisme extérieur et la communauté de travail.
L’accord, la compréhension, la motivation et l’engagement de chaque acteur sont essentiels à la réussite du projet.

La loi du 5 septembre 2018 inclut donc pour la première fois cette nouvelle forme d’acquisition de compétences dans la définition d’une action de formation. Comme le rappelle Stéphane Rémy de la DGEFP*, il est essentiel de garantir que cette action de formation désormais officielle, « ne se déroule pas en situation de production et que la session réflexive soit organisée en dehors de la situation de travail et de formation. »

Les leviers de réussite de l’expérimentation Afest

Si trois opca sur 13 ne sont pas allés jusqu’au bout de l’expérimentation, c’est aussi que l’Afest ne peut pas s’adapter à tous les contextes. Dans le domaine de la construction par exemple, comme en témoigne Ronan Ségalen, conseiller formation chez l’opca Contructys.
« La difficulté n’a pas été de trouver des chantiers supports, mais plutôt d’identifier une mission de construction dans laquelle intégrer une mission de formation, explique-t-il. L’impossibilité de mettre en place l’Afest est venue du croisement permanent des corps d’état sur un chantier et aussi de la pression sur les délais de réalisation du chantier. »

Seminaire experimentation Afest 021018_grande crypte paris

Témoignages des salariés, des employeurs et des managers et retours d’experts se sont succédés au cours de la journée du 2 octobre pour clôturer l’expérimentation sur l’Afest et lancer cette nouvelle forme d’apprentissage.

Le constat est à l’inverse très positif du côté de l’opca du secteur de l’hôtellerie-restauration-tourisme, FAFIH, explique Nathalie Even Quesney, responsable du développement et de la qualité de la formation. Les PME de l’expérimentation Afest ont été choisies pour leurs salariés plutôt rétifs à la formation et éloignés de tout centre habilité.
Les ingrédients ont été réunis pour que l’ensemble réussisse : un directeur de CFA enthousiaste, situé en Nouvelle-Aquitaine et qui avait déjà expérimenté ce type d’apprentissage avec des tonneliers ; un évaluateur interne, un formateur de formateurs compétent ; un formateur interne reconnu et légitime auprès des salariés ; une étape de diagnostic préalable positive ; un manager convaincu par la démarche et une équipe de salariés impliquée.

Résultat : deux personnes ont obtenu en totalité leur CQP en hôtellerie restauration, avec toute la satisfaction individuelle et collective qui va avec.

L’Afest désormais inscrite dans la loi, doit désormais se concrétiser sur le terrain et les entreprises se l’approprier. Pour cela, le décret attendu dans quelques mois devrait apporter des précisions sur les modalités de mise en place.

 

Philippine Arnal-Roux

 

*DGEFP : délégation générale à  l’emploi et à la formation professionnelle, sous-direction de la Direction générale du travail (DGT).

_______________________________
A télécharger :
Le rapport de l’expérimentation Afest
La synthèse du rapport de l’expérimentation Afest
_____________________________