La réussite en médiation : une question de curseur

La médiation encore méconnue en France est cependant de plus en plus utilisée et des réseaux se créent depuis quelques années pour proposer cette alternative de résolution de conflit aux entreprises.

Eric Charlemagne_mediation entreprise

Eric Charlemagne, salarié, syndicaliste et médiateur social, au cours d’une intervention au club RH de l’Essym en novembre 2018.

Plus développée dans les pays anglo-saxons, la médiation peine à faire son entrée en France sous la forme de réseaux comme RME, Médiation-Net et des formations spécifiques ou encore du dispositif d’appui aux relations sociales proposé par l’Anact (Areso). Mais tout le monde ne voit pas son arrivée d’un bon œil affirme Éric Charlemagne, président de l’association Médiation-Net, faisant allusion à certains avocats, organisations syndicales et parfois DRH qui hésitent à troquer la relation de force actuelle contre une relation plus équilibrée et plus apaisée.

« Je prône la complémentarité des regards, dit-il de manière diplomatique. Pour faire évoluer les relations sociales en interne, il est nécessaire d’introduire dans l’entreprise une co-médiation. Et pour la promouvoir, un sponsor au sein même de l’entreprise et en particulier au niveau des ressources humaines est indispensable. L’idée est de rapprocher les trois populations que sont les DRH, les salariés et les managers et de mettre en place des formations conjointes », ambitionne celui qui a rédigé un mémoire en forme de plaidoyer pour une médiation de type prud’homal, c’est-à-dire intégrant le principe de parité au sein de l’entreprise.

La médiation initie une dynamique qui consolide la relation

Aussi, quand on évoque les probables raisons du taux de 29 % de dossiers non aboutis*, Éric Charlemagne réagit immédiatement : « Il faut savoir ce que l’on attend de la médiation. Si on souhaite satisfaire chaque partie, il faut être conscient qu’on n’y parviendra jamais à 100 %. »

« Le niveau de réussite en médiation dépendra de là où l’on place le curseur, précise le président de Médiation-Net, par ailleurs frais émoulu de l’université Paris-Descartes avec un DU Gestion et résolution des conflits. L’intérêt de la médiation est de renouer un dialogue, de reconstruire quelque chose. La démarche même de médiation crée une dynamique et modifie les relations entre les personnes qui y participent. Il est évident qu’on ne résout pas un conflit en 2 heures de temps, explique le médiateur. Trois rencontres sont souvent nécessaires. Cependant, chaque échange initie un dialogue, une prise de recul, un changement d’attitude, une meilleure compréhension de l’autre. Quelle que soit l’issue de la médiation, accord ou pas, cet ensemble va faire que la relation va se consolider. Ensuite, tout dépend de la tradition locale, du niveau de confidentialité exigé et de la confiance établie. »

 

Philippine Arnal-Roux

 

* résultats du baromètre 2017 du centre de médiation et d’arbitrage de Paris (CMAP)