Les Opco, opérateurs de compétences, rénovent leur offre de services aux entreprises

La loi « Avenir professionnel » a créé des opérateurs de compétences en lieu et place des anciens opca, en redéfinissant au passage leurs missions. L’un des enjeux est de construire des services de proximité pour les entreprises des branches professionnelles qu’ils représentent. En ce premier trimestre 2020, le chantier ne fait que débuter.

 

opco opérateur de compétencesSi les Opco assurent encore jusqu’en 2022 la collecte des contributions formation, leur principal rôle est désormais d’accompagner les entreprises dans la mise en œuvre de leur politique de développement des compétences.

 

 

 

 

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A lire :
Quel est le rôle des Opco, les opérateurs de compétences ?

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Les premières concernées par ce changement sont les entreprises de moins de 50 salariés car elles bénéficient des fonds de la formation mutualisés. Mais pas seulement : l’Opco est en effet en charge du développement de l’alternance dans toutes les entreprises, quel que soit leur effectif.

De même, certaines entreprises pourront travailler avec leur Opco dans le cadre :

  • d’un accord de branche,
  • d’un Edec (engagement de développement de l’emploi et des compétences dans un secteur donné, financé par des fonds publics),
  • ou parce qu’elles font le choix de lui confier la gestion de leur investissement formation via un versement volontaire.

 

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Mais c’est bien l’offre de services destinés aux entreprises de moins de 50 salariés qui préoccupe les Opco. Il s’agit pour eux de parvenir à les inciter à former leurs troupes et à s’emparer des dispositifs déployés par la loi « Avenir professionnel » du 5 septembre 2018. Pas simple.

D’autant plus que l’État attend des Opco des résultats très concrets.

« Les opérateurs de compétences ont vocation à structurer leurs services auprès des entreprises et des organismes de formation pour les accompagner sur l’alternance, mais aussi sur la GPEC des TPE-PME, a rappelé Stéphane Rémy, sous-directeur des politiques de formation et de contrôle au ministère du travail, lors d’une conférence de l’UHFP du Centre Inffo fin janvier 2020. Compte tenu de la situation du marché du travail, de la problématique des emplois non pourvus, des métiers en tension, on ne peut pas se permettre d’attendre. »

 

Une offre de services à inventer

Pour l’heure, l’offre de services des Opco est encore en cours de reconstruction. Néanmoins, les opérateurs ne partent pas de rien. Ils s’appuient sur leur offre de services antérieure, comme le financement de diagnostics RH destinés aux chefs d’entreprise rencontrant des difficultés dans le développement de leur activité. Ou encore l’aide au recrutement via les préparations opérationnelles à l’emploi (POE) collectives qui permettent à des employeurs de recruter des demandeurs d’emploi après un parcours qui organise une alternance entre formation et stage en entreprise.

Demain, l’offre de services devra aller encore plus loin, pour suppléer l’absence de ressources humaines dans les petites structures. Il s’agira par exemple :

  • d’aider les entreprises à identifier les formations obligatoires qu’elles doivent proposer à leurs salariés,
  • d’imaginer des solutions de sourcing innovantes pour recruter différemment,
  • d’accompagner la mise en œuvre de modalités innovantes comme les formations digitales ou encore l’action de formation en situation de travail (Afest),
  • de répertorier l’offre de formation accessible sur le territoire…

Constructys, l’Opco des entreprises de construction, a développé un portail de géolocalisation des prestataires de formation par région pour aider les entreprises à identifier plus rapidement les organismes de formation avec lesquelles elles peuvent travailler. Pour Claire Khecha, la directrice générale, « la digitalisation est paradoxalement un outil de proximité important, à la fois dans la relation administrative qui lie l’Opco aux entreprises adhérentes mais aussi dans l’offre de services qu’il peut proposer désormais. »

Agrément et convention d’objectifs et de moyens

Pour exister, les Opco doivent être agréés par la DGEFP (Délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle). C’est chose faite depuis le 1er avril dernier pour les 11 opérateurs. L’une des conditions de l’agrément est de mettre en place un service de proximité au bénéfice des entreprises sur les territoires. Un service qui sera, à terme, évalué par France Compétences. Mais avant, chaque Opco doit négocier avec le ministère du travail une convention d’objectifs et de moyens (COM) pour la période 2020-2022.

Ces COM, en cours de négociation, définissent pour chacun des Opco des objectifs de développement de l’alternance, d’accompagnement des entreprises de moins de 50 salariés. Elles vont donc orienter la nature et l‘ampleur de l’offre de services que les opérateurs déploieront dans les prochains mois.

 

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Opco : une action renforcée sur l’emploi

La digitalisation des services et des relations avec les entreprises n’est pas la seule piste. Les Opco vont devoir être très présents physiquement sur les territoires pour aller à la rencontre des chefs d’entreprise qui n’ont pas encore le réflexe « formation » et surtout « alternance » et « apprentissage ».

Sur ce point, les ambitions du gouvernement sont très fortes. Tous les Opco vont devoir redoubler d’efforts. Surtout ceux pour qui l’apprentissage n’était pas encore entré dans les pratiques comme dans le secteur de la santé. « L’enjeu majeur est de développer l’apprentissage, a expliqué à l’UHFP, Jean-Pierre Delfino, le directeur général de l’Opco Santé ; et cela malgré les barrières propres à nos secteurs d’activité. Dans les professions réglementées de la santé, un jeune n’a pas le droit d’exercer avant d’être diplômé. De nombreux métiers manquent également d’attractivité comme ceux de la petite enfance, les auxiliaires de vie… et pour lesquels les tensions s’accentuent. »

L’Opcommerce, de son côté, entend doubler le nombre d’apprentis dans le secteur d’ici à deux ans. Pour aller chercher des contrats d’apprentissage, l’opérateur a déjà multiplié par deux le nombre de ses conseillers pour visiter les entreprises et les centres de formation dans les territoires. « Le rôle des conseillers ne sera plus seulement de promouvoir l’alternance et l’apprentissage comme auparavant mais aller chercher les contrats dans les entreprises sur les territoires et ensuite les mettre en place », a précisé à son tour Philippe Huguenin-Génie, le directeur général de l’Opcommerce. Même effort pour l’Opco EP : « en décembre dernier, nous avons recruté 192 nouveaux conseillers pour aller à la rencontre de 960 CFA », détaillait encore Arnaud Muret, le directeur général.

 

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Des Opco en pleine réorganisation

Cet enjeu de proximité oblige les Opco à profondément bouleverser leur façon de travailler. Opco sans mur, maillage territorial, digitalisation des relations entre les entreprises et les opérateurs, toutes les pistes sont bonnes à explorer. Pour Yves Portelli, directeur général d’Atlas – l’Opco des services financiers et des entreprises de conseil – relever le défi de la proximité suppose « de travailler de façon plus agile en intégrant le digital dans nos pratiques. Les entreprises attendent de nous un traitement plus rapide des dossiers. »

De son côté de l’Opco EP (entreprises de proximité), qui réunit plus de 99 % de sociétés de moins de 50 salariés, a mis en place un numéro de téléphone unique « pour que n’importe quel adhérent nous contacte de 6 h à 23 h et non plus de 9 h à 18 h », a illustré Arnaud Muret, son directeur général qui s’appuie sur les conseillers de l’Opco présents outre-mer pour jouer sur tous les fuseaux horaires possibles. L’articulation entre une offre de services numériques et physiques préoccupe tous les opérateurs. Nos adhérents voudront des réponses ultra-rapides à leur question, type OK Google. »

 

À terme, les opérateurs de compétences afficheront donc une offre de services segmentée et renouvelée qu’ils devront faire connaître aux entreprises adhérentes. Un enjeu majeur pour reconstruire des relations fondées désormais sur le conseil et l’accompagnement, et beaucoup moins sur l’ingénierie financière. En effet, non seulement les entreprises de 50 à 300 salariés n’ont plus accès aux fonds mutualisés gérés par les Opco, mais en plus, ceux-ci n’interviennent plus dans la construction des formations co-financées avec le CPF des salariés.

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Quid de la collecte des fonds et du financement du CPF ?

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Anne-Cécile Geoffroy
A savoir égal
Agence de digital learning en social-RH